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La référence des filières du commerce des grains


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Mardi 14 février 2017

En pleine tempête, la filière blé dur en quête de régularité


Réunis aux Sables-d'Olonne (Vendée) le 3 février pour leur Journée filière, les producteurs de blé dur ont noté que la récolte 2016 les avait laissés « sur les pattes de derrière », selon leur président, Jean-François Gleizes. D'où l'idée d'une relance.


« La filière a besoin d'un plan de relance », a rappelé Jean-François Gleizes, président du comité de pilotage de la filière blé dur, aux Sables-d'Olonne (Vendée) le 3 février. « La filière a besoin de la régularité, moteur de la croissance, dans les volumes, dans la qualité, dans les fournitures, dans les approvisionnements, et plus de visibilité sur les prix ». La proposition d'un contrat de filière a été soumise à FranceAgriMer, qui soutient la démarche.

Rémi Haquin, président du conseil spécialisé Céréales, a précisé que le plan stratégique 2025 vise à donner de la rentabilité aux différents maillons de la chaîne de production, dans la durée. Chaque région produirait plus, les obtenteurs travaillant à des progrès dans les pratiques culturales avec Arvalis et les organismes stockeurs, au cœur du projet, pour atteindre une production de 3 à 3,5 Mt par an d'ici à 2025.

Produire plus, mais à quel prix ?

Sur cet objectif de 3 Mt de blé dur produites en France, Patrick Jouannic, trader chez Soufflet Négoce, a pointé que « nous ne vendrons pas 3 Mt à 250 €/t ». Des producteurs ont jugé de leur côté qu'« à ce prix-là, beaucoup seraient morts ». Christophe Vinet, directeur Pôle Végétal de la Cavac, a proposé de trouver un prix gagnant pour tous les acteurs.Un échange assez vif a eu lieu avec l'acheteur de Panzani, Jean-François Mas, qui notait que lorsque le blé dur atteignait 450 €/t, en 2014, personne ne lui en aurait vendu à 400. Or, pour un industriel qui utilise du blé dur tous les jours, la fluidité du marché est nécessaire. L'année dernière, pourtant, la zone Centre-France n'a pas fourni de blé de qualité semoulière en quantité suffisante pour les pastiers. Il manquait 500 000 t. Mais l'abondance du marché européen a permis aux Italiens d'acheter du blé dur à 212,17 €/t en moyenne l'an passé (PS 76 à 77 kg/hl). 

« Ce ne sont plus nos tonnes qui font le prix. Maintenant, il y a le Kazakhstan, la Russie, l'Iran... », selon Jean-Philippe Everling (Transgrain).

Jean-François Mas a souligné que la force de la production française est d'avoir des débouchés sur le territoire, mais qu'un industriel ne peut pas être moins exigeant que le consommateur sur la qualité. Simon Aimar, directeur Activité céréales de la Sica Atlantique, a noté que des qualités de blé différentes peuvent se trouver dans une cargaison. « Nous avons déjà eu ce débat il y a dix ans à Aix-en-Provence », a rétorqué un producteur du Sud-Est.

Thierry Buna, de la coopérative agricole de Matha (Charente-Maritime), et son voisin Régis de Branquilanges, de l'Entente des coopératives, ont estimé en marge de la conférence qu'à 230 €/t rendu Bordeaux, le prix actuel, la rémunération s'avérait insuffisante pour couvrir les coûts de production. « Dans mes coteaux, je fais 40 quintaux par hectare de moyenne. Moins, je ne peux pas me le permettre », a expliqué Jean-François Gleizes.

Modification structurelle du marché

Les producteurs d'Europe centrale (Slovaquie, Hongrie, Autriche notamment) investissent le marché du blé dur comme l'ont fait ceux de la zone mer Noire en blé tendre, a relevé Franck Pasquiet, directeur commercial de Durum. « Les producteurs de ces pays ne cherchent pas des prix aussi hauts que nous, et ils ne vont pas conserver long-temps leur blé dur, continue-t-il. Ils achètent et ils vendent, apportant de la liquidité au marché en situation de blocage. Ils amènent des qualités différentes, du Hagberg, de la protéine, et modifient la réflexion sur les approvisionnements. »

Des rééquilibrages se font, d'autant plus facilement que les prix des frets sont peu élevés. Sur le dernier exercice, le Canada a produit 7,8 Mt en 2016/2017, annulant au bilan mondial les pertes de volume de la France et de l'Afrique du Nord. Il produira moins l'année qui vient, mais le Mexique a pris le relais. « Le marché s'est mondialisé, a constaté Jean-Philippe Everling, directeur général de Transgrain. Ce ne sont plus nos tonnes qui font le prix. Avant, nous subissions la concurrence du Mexique sur trois mois. Maintenant, il y a le Kazakhstan, la Russie, l'Iran… ».

Sur la destination Algérie (import : 152 719 t en 2015/2016), les concurrents de la production française sont l'Union européenne proche, avec la Grèce et l'Italie, puis la Turquie, la Tunisie, et enfin le Centre Europe (Slovaquie, Autriche, Hongrie…). Ces pays ont compensé les volumes que le Canada n'a pas livrés cette saison.

Une année d'abondance et de stocks

Côté marché, Andrée Defois, présidente de Tallage, a tiré un bilan de cette campagne spécifique. La récolte mondiale de blé dur a augmenté de 6 % en 2016. Étant donné que 37 Mt ont été engrangées, les stocks mondiaux devraient grimper à 14 Mt (+20 %) en fin de campagne, équivalents à 40 % des utilisations.

Rien qu'en Europe, les surfaces sur la campagne 2015/2016 ont augmenté en Espagne (+51 000 ha), Italie (+97 000 ha) et France (+60 000 ha), compensant les pertes de rendement. La moisson a été unique, à 10 Mt (+18 %), et il sera difficile d'écouler tout ce volume. La moitié devrait s'acheminer vers les stocks, selon Tallage. Toutefois, par défaut de protéine, les transformateurs italiens devront importer pendant les six prochains mois.

Xavier Olry



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