Le froid est là ! Ce n’est pas une surprise en hiver, mais la chute des températures a été brutale. Surtout après le temps clément qui a prévalu depuis septembre. Et c’est bien là le problème. La douceur du climat a permis aux cultures de prendre de l’avance sur leur développement. Cela les rend plus vulnérables au gel. Les températures seraient inférieures de 10 °C à la normale, situation qui ne se reproduit que tous les dix ans ! -10 en France, -15 en Allemagne et Pologne et jusqu’à -30 en Ukraine et Russie... C’est tout le vieux continent qui est en alerte, craignant en particulier pour ses colza et blé dur. Les marchés, déjà soutenus par la météo sud-américaine et les incertitudes sur les ventes de blé russes, n’avaient pas besoin de cela. Même si rien n’est joué pour les cultures de notre côté de l’Atlantique, le risque suffit à faire frissonner le marché. Les vendeurs se retirent et les cours grimpent. Du coup, les acheteurs cherchent à se couvrir... et les cours grimpent !...
07 février 2012 Séminaire Orges brassicoles Paris En savoir + 13 février 2012 Séminaire de restitution “Grandes cultures autonomes” Paris VIe En savoir + 22 février 2012 Conférence “Nouvelle donne géopolitique et économique mondiale : l’alimentation et la production au Paris Nord Villepinte (Seine-Saint-Denis) En savoir +
Perspectives – L’hiver long et froid et le printemps sec ont affecté le potentiel de rendements en céréales
Les premières orges 2010 ont fait leur entrée dans les silos. Au Sud et à l’Ouest, plusieurs régions ont lancé les moissonneuses-batteuses à l’assaut des champs. A priori –et avant l’envolée des températures–, la récolte semblerait plutôt correcte sur le plan qualitatif en blé comme en orge. Mais les rendements s’afficheraient en retrait par rapport à 2009 du fait des conditions météo. Chez Charente alliance, l’optimisme n’est pas vraiment de mise. La moisson a commencé le 23 juin et « comme nous nous y attendions, l’aspect visuel des orges n’est pas très flatteur », indique Philippe Ballanger, responsable céréales et oléagineux de la coop. Ce qui ne préjuge pas de la qualité mais confirme les effets d’une campagne de production chahutée sur le plan climatique. « Nous craignons énormément les conséquences de la sécheresse, survenue à un stade végétatif plus avancé qu’en blé et dont l’incidence devrait être plus importante », précise le spécialiste. Le nombre de grains initiés était assez élevé mais le temps sec a réduit la fertilité des épis. La récolte pourrait ne pas dépasser 55 q/ha, soit 10 q/ha de moins qu’en 2009. En blé tendre, la densité par mètre carré serait de 100 à 150 épis inférieure aux valeurs moyennes, le froid ayant pénalisé le tallage. Malgré le beau temps de juin propice au remplissage des grains, Philippe Ballanger n’envisage pas des rendements supérieurs à 60 q/ha.
Des pluies qui ont redonné le moral dans le Centre fin avril Dans le Centre, Denis Courzadet, responsable de la collecte pour la zone Epis-centre d’Axéréal, anticipe une récolte proche de celle de 2009, non exceptionnelle pour la région. Les pluies arrivées dans les derniers jours d’avril « nous ont redonné le moral », explique-t-il. Les rendements de blé tendre se rapprocheraient des 70 q/ha, contre une moyenne historique proche des 65 q/ha. En orge d’hiver, dont la récolte a commencé un peu en retard le 24 juin, les rendements rejoindraient ceux de 2009. En orge de printemps, en revanche, les semis réalisés tardivement ont pénalisé les plantes, qui ont souffert du froid, de la neige, et n’ont pas tallé suffisamment. Les rendements chuteraient de 60 q/ha en 2009 à 45 ou 50 q/ha. Plus au Nord et à l’Est, les conditions climatiques ont induit des retards de développement. Chez Dijon céréales, la récolte démarrerait début juillet et non fin juin. Responsable technique adjoint de la coop, Mickaël Mimeau s’attend à des résultats dans la moyenne, donc plus bas que ceux de 2009. Le blé ayant finalement bien supporté le stress hydrique d’avril et le froid, le rendement serait de 65 q/ha contre 71 q/ha en 2009.
Risque mycotoxines dans certaines zones Petite inquiétude tout de même : alors que les champs étaient sains, « nous faisons face depuis peu à une explosion de septoriose et de fusariose », indique le responsable. En orge d’hiver, les rendements tourneraient autour de 62 à 63 q/ha au lieu des 65 q/ha de 2009, en raison notamment de la faible densité des parcelles. Comme ailleurs, l’orge de printemps sortirait davantage pénalisée de la campagne, avec des rendements proches de 45 à 50 q/ha et très inférieurs à ceux de l’an passé. A l’image de Dijon céréales, Cohésis, située en Champagne-Ardenne, attend le début de récolte avec une bonne semaine de retard, le 5 ou le 10 juillet. Victimes du temps froid puis sec, les orges d’hiver fourniraient des rendements de l’ordre de 62 à 67 q/ha, au lieu des 77 q/ha de 2009. Quant aux variétés de printemps, « nous avons en moyenne 20 % d’épis en moins », calcule Patrice Salomé, responsable des céréales et des oléagineux. En blé, les rendements ne perdraient que 5 % en comparaison de 2009. Sauf que la qualité sanitaire ne serait peut-être pas non plus au rendez-vous, les pluies à floraison ayant pu induire le développement de mycotoxines.
« Potentiel minimum » pour l’orge de printemps en Champagne-Ardenne Chez Champagne céréales, « les blés apparaissent corrects », d’après Jean-Luc Jonet, directeur terrain. Mais en orge d’hiver, les champs ne sont que « dans la moyenne ». « En sortie hiver, nous avons noté plus de disparition de pieds qu’en blé, les variétés ont davantage souffert », indique le spécialiste. Et en orge de printemps, « nous sommes plutôt sur un potentiel minimum », signale-t-il. Responsable technique pour le négoce Hubau, dans le nord de la France, Christophe Possien s’attend de son côté à des résultats hétérogènes. En blé, la résistance des variétés au froid s’est révélée inégale, et l’hiver trop long a handicapé le tallage. Heureusement, peu de dégâts de ravageurs sont à déplorer. Si « le rendement est pour l’instant encore difficile à prévoir », Christophe Possien se risque à une première estimation, autour de 80 à 85 q/ha en blé, contre les 94 q/ha de 2009.