Le froid est là ! Ce n’est pas une surprise en hiver, mais la chute des températures a été brutale. Surtout après le temps clément qui a prévalu depuis septembre. Et c’est bien là le problème. La douceur du climat a permis aux cultures de prendre de l’avance sur leur développement. Cela les rend plus vulnérables au gel. Les températures seraient inférieures de 10 °C à la normale, situation qui ne se reproduit que tous les dix ans ! -10 en France, -15 en Allemagne et Pologne et jusqu’à -30 en Ukraine et Russie... C’est tout le vieux continent qui est en alerte, craignant en particulier pour ses colza et blé dur. Les marchés, déjà soutenus par la météo sud-américaine et les incertitudes sur les ventes de blé russes, n’avaient pas besoin de cela. Même si rien n’est joué pour les cultures de notre côté de l’Atlantique, le risque suffit à faire frissonner le marché. Les vendeurs se retirent et les cours grimpent. Du coup, les acheteurs cherchent à se couvrir... et les cours grimpent !...
07 février 2012 Séminaire Orges brassicoles Paris En savoir + 13 février 2012 Séminaire de restitution “Grandes cultures autonomes” Paris VIe En savoir + 22 février 2012 Conférence “Nouvelle donne géopolitique et économique mondiale : l’alimentation et la production au Paris Nord Villepinte (Seine-Saint-Denis) En savoir +
Le marché à terme, outil incontournable de la filière
Les opérateurs de la filière blé ont apprivoisé en quelques années ce marché permettant de gérer leur risque prix
Que l’on soit meunier, courtier, organisme stockeur, voire producteur, nul n’échappe au marché à terme. Même s’il n’est pas utilisé par tous, il a une influence grandissante sur l’activité de la filière et sa façon de penser ses approvisionnements.
Une solution pour gérer la volatilité Les meuniers se sont mis assez tardivement au marché à terme. C’est avant tout la volatilité qui les a poussé à y recourir. En 2007, en pleine flambée des prix, celle-ci « est devenue supérieure aux marges. Ce qui devenait ingérable et dangereux », rappelle Axel Bouley, responsable achat de la Générale des Farines, embauché à cette période pour épauler les meuniers du groupement. De plus, « il devenait très dur de trouver des vendeurs ». Ceux qui s’engageaient risquaient de se faire taper sur les doigts, puisque le marché allait être encore plus haut le lendemain. « En parallèle, nous contractualisions de la farine. Tout ce que nous n’avions pas couvert en blé était en contre marge. Cela a déclenché des ouvertures de compte ». 9 des 10 moulins de la Générale des Farines utilisent désormais cet outil. Car, comme insistent les professionnels, il s’agit avant tout d’un outil de sécurisation des marges.
Gestion différentielle selon le profil de la clientèle du meunier La mathématique est simple pour les meuniers ayant une clientèle industrielle. En effet, ce type de débouché fait l’objet d’un engagement sur l’année formalisé, et s’appuyant sur des contrats à prime. C’est à dire que le prix de la farine s’indexe sur celui du blé affiché sur Euronext. « Dès la sortie d’un rendez-vous commercial, vous vous couvrez sur le marché à terme. Cela permet de réduire le timing entre la vente de la farine et l’achat de la matière première » et d’éviter les décalages de prix. La position sera débouclée une fois le blé contracté auprès d’un OS. Les primes sont renégociées 3 à 4 fois par an. Elles sont néanmoins assez stables, avec un delta de 2 à 3 €/t par campagne. « On maîtrise donc assez bien la marge », assure Axel Bouley ajoutant : « C’est essentiel car elle est faible chez les meuniers ». L’indexation des prix de farine sur le marché à terme était aussi une attente des industriels, pour des questions d’organisation, de clarification du prix et de gestion en temps réel de leur coût matière première. Certaines ventes d’issues de meunerie seraient également encadrées par des contrats à prime. La couverture des besoins en blé pour la vente de farine aux GMS ou aux artisans boulangers, par exemple, est plus aléatoire. Si la demande est globalement connue sur l’année, les volumes sont morcelés, les clients n’ont pas de période d’engagement et peuvent opter pour une offre concurrente plus attractive à tout moment. Les meuniers visent alors un prix moyen et vont se couvrir au fur et à mesure sur le physique et le marché à terme. Et ils « s’accordent le droit à l’erreur en contractant des options », explique Axel Bouley. Les meuniers ne se couvrent pas toujours totalement à l’avance dans l’espoir d’améliorer leur marge. Leur position leur permettra par la suite de mener une politique de prix de farines plus ou moins offensive. Le recours au marché à terme reste surtout le fait des gros moulins ou de groupement de moulins qui y interviennent via des négociateurs et jamais en direct. Du côté de la petite et moyenne meunerie en effet, si « une partie des adhérents a suivi les formations dispensées par l’ANMF pendant les deux dernières années, peu seraient titulaires de compte », indique le président du Spmf (Syndicat de la petite et moyenne meunerie), François Hoche. Les coûts d’utilisation (dépôts de garantie et commissions), mais également l’appréhension du risque semblent rédhibitoires. Comme le rappelle Loïc Roy, courtier spécialisé sur le blé meunier, « une intervention sur le marché à terme n’est pas neutre, en terme de risque comme de coûts. Il y a des frais entrée/sortie, une prise de position à l’achat ou à la vente ainsi qu’une gestion lourde d’une double position Matif/physique, d’autant plus difficile si l’on multiplie le nombre de sites ». Depuis quelques mois d’ailleurs, « on note un léger désengagement sur les marchés à terme de la part de ces meuniers. Ils privilégient le physique, quand ils le peuvent, avec une certaine décorrélation prix physique/prix marché à terme » observée dernièrement. Néanmoins, comme le souligne le représentant du Spmf « une partie de nos adhérents utilise ces marchés de manière indirecte par l’achat avant terme sur le physique auprès d’OS. Ces achats sont bien souvent couverts sur Euronext par le vendeur ». « Depuis trois ans, on constate en effet de plus en plus de contrats à prime, adossés à Euronext », confirme Loïc Roy. « Ils représentent environ 50 % de nos transactions », précise-t-il. Une tendance confirmée par In Vivo, l’union des coopératives françaises, dans son rapport d’activité 2008/09 : « base de la relation commerciale avec les coopératives sociétaires, les engagements d’apports à prix moyen de céréales et oléagineux ont baissé de 6 % à 943.000 t au profit du contrat à prime moyenne qui progresse de 75 % à 276.000 t de blé et de maïs ». De l’avis de tous, intervenir sur les marchés à terme ne s’improvise pas. Cela demande du temps et des compétences. Ainsi, la Générale des farines a-t-elle formé ses meuniers à son utilisation. Mais pas seulement. « Nous leur apprenons à gérer la comptabilité pour les opérations Matif, car peu de choses sont écrites. Cela évite les problèmes de trésorerie, liés notamment aux appels de marges. Des opérations anxiogènes, surtout au début », témoigne Axel Bouley. Mais, ajoute-t-il, « il est également important de se fixer des objectifs, des règles sur les marges et l’utilisation que l’on veut faire du marché à terme. Bref, adopter un cadre de gestion qui jouera le rôle de garde-fous ».
R. de Céglie et M. Roumégoux
Mis en ligne le 15 janvier 2010
Repères
Les demandes
Concernant le marché à terme européen, la meunerie souhaiterait : - La publication, au minimum une fois, en fin de semaine, des positions des 4 catégories d’opérateurs, calquées sur le modèle américain, à savoir: les professionnels de la matière première, les institutions financières, les Hedge Funds et les “autres”, dont font partie les particuliers, - La limitation du risque de volatilité immédiate avec l’instauration de limites haute et basse de variation journalière, - Une réflexion pour la définition, par catégorie d’opérateurs, de limites d’emprise.
Les dates
- 1848 : naissance du CBoT - 1986 : naissance du Matif - 1996 : lancement du premier contrat blé - 2000 : création d’Euronext, issu de la fusion des places de Paris, de Bruxelles et d’Amsterdam - 2002 : création d’un marché d’options sur le blé
Les chiffres
655.099 C’est le volume d’options blé contractées sur les onze premiers mois de 2009. Soit un bond de près de 100 % par rapport à 2008, où le volume se situait à 325.464 sur l’année. En 2005, il ne dépassait pas le seuil des 10.000, mais atteignait déjà 41.398 dès 2006.
31,5 % C’est le taux de progression des volumes échangés sur le marché à terme du blé entre 2009 en 2008. Les positions ouvertes ont bondi de plus de 35 %.
Mis en ligne le 15 janvier 2010
Les organismes stockeurs friands de l’outil de couverture
Parmi les opérateurs de la filière blé, les coopératives sont les plus nombreuses à intervenir sur Euronext. « Au moins 80 % des coopératives françaises utilisent le marché à terme », affirmait Vincent Magdelaine lors de l’AG de Coop de France. Une activité nouvelle qui demande des qualifications et dont le coût n’est pas négligeable. Même si la volatilité a considérablement régressé par rapport à ce que l’on a connu de 2006 à 2008, le marché reste très fragile et peut se retourner. Ainsi, les activités de couverture et d’options se sont accélèrées. Durant la campagne 2008/09 déjà, Sigma Terme, la filiale spécialisée en couverture d’InVivo, a par exemple vu son activité historique de négociation et compensation progresser de 80 %, avec 671.000 contrats négociés/compensés. Le nombre de formation proposées et développées par les coopératives ou par d’autres acteurs, est également le signe que l’engouement pour le marché à terme ne faiblit pas. Même si l’intérêt des marchés à terme pour couvrir les risques liés à la volatilité des prix n’est plus à démontrer, y avoir recours n’est pas chose aisée pour ceux qui n’ont connu jusqu’à présent que le marché physique. Récemment créée au travers du rapprochement de Themis Grain et de la Sica Graineurop, Cérémis, qui « mettra en marché 3,5 à 4 Mt de céréales » s’est fixé pour objectif « d’adapter ses moyens humains et techniques à l’évolution du marché, la volatilité, la financiarisation, le développement du marché à terme et des dérivés, étant devenus des caractéristiques structurelles du marché des céréales ». Une tendance qui se généralise mais s’accompagne obligatoirement d’un recrutement de personnel dédié à cette nouvelle activité. « Chez Graineurop le poste marché à terme nécessite l’équivalent de deux temps plein », explique Christian Cordonnier, directeur de Graineurop. « Il faut assurer la gestion des prises de positions, et ensuite le contrôle est effectué par une autre personne ». Dans cette structure qui assure la commercialisation des sociétés du groupe Unéal, « environ 70 % des ventes de blés sont indexées sur le marché à terme européen. Pour ces ventes, 90 % sont des contrats à prime et 10 % représentent des opérations optionnelles». Une méthode qui, en plus de la couverture du risque de variation de prix présente des avantages pour l’organisme stockeur comme celui « d’anticiper les opérations de logistique ce qui assure une gestion des volumes très tôt dans la campagne». Au-delà de cet aspect pragmatique, le marché à terme « garantit une lisibilité et une certaine officialisation des cours des productions cotées », estime Christian Cordonnier.