Le froid est là ! Ce n’est pas une surprise en hiver, mais la chute des températures a été brutale. Surtout après le temps clément qui a prévalu depuis septembre. Et c’est bien là le problème. La douceur du climat a permis aux cultures de prendre de l’avance sur leur développement. Cela les rend plus vulnérables au gel. Les températures seraient inférieures de 10 °C à la normale, situation qui ne se reproduit que tous les dix ans ! -10 en France, -15 en Allemagne et Pologne et jusqu’à -30 en Ukraine et Russie... C’est tout le vieux continent qui est en alerte, craignant en particulier pour ses colza et blé dur. Les marchés, déjà soutenus par la météo sud-américaine et les incertitudes sur les ventes de blé russes, n’avaient pas besoin de cela. Même si rien n’est joué pour les cultures de notre côté de l’Atlantique, le risque suffit à faire frissonner le marché. Les vendeurs se retirent et les cours grimpent. Du coup, les acheteurs cherchent à se couvrir... et les cours grimpent !...
13 février 2012 Séminaire de restitution “Grandes cultures autonomes” Paris VIe En savoir + 22 février 2012 Conférence “Nouvelle donne géopolitique et économique mondiale : l’alimentation et la production au Paris Nord Villepinte (Seine-Saint-Denis) En savoir + 25 février 2012 Salon international de l’Agriculture Paris En savoir +
Ralentie par la crise, la production de bière chinoise devrait continuer de croître. Mais ses besoins en malt et donc, en orge, progressent moins vite
LA CHINE, premier producteur mondial de bière, est aussi le plus gros importateur d’orge brassicole. Il importe près de la moitié de ses besoins, environ 1,7 Mt en 2009. Et la situation risque de perdurer, cette matière première n’étant pas privilégiée par les producteurs chinois en l’absence d’un prix garanti. L’origine française, dont la qualité est (désormais) reconnue par les brasseurs chinois, s’affirme de plus en plus sur ce marché. Une situation présentée lors du séminaire “Perspectives des orges brassicoles 2010” le 3 février.
Un prix non garanti pour l’orge chinoise Sur la campagne 2008/2009, la production de bière en Chine a atteint 410 Mhl. En moyenne sur dix ans, elle s’est accrue de 8 à 10 % par année. Jusqu’en 2008, et la crise économique. Les estimations tablent désormais sur un repli, puis une stabilisation de la croissance à 3 % pour les cinq années a venir selon Joe Fung, responsable approvisionnement de Supertime, le premier malteur chinois. La production 2009 d’orge brassicole chinoise s’est élevée à 2 Mt dont environ 1,5 Mt brassicole sélectionnée, pour des besoins estimés à 3,4 Mt. Le déficit est comblé par des importations sur le marché mondial. En 2009, 744.000 t sont entrées depuis l’Australie, 385.000 t depuis le Canada et environ 440.000 t étaient attendues depuis la France, dont 350.000 t depuis le 1er juillet. Une dépendance qui ne risque pas de diminuer. “ La production d’orge brassicole chinoise risque de baisser, voire de disparaitre car cette culture ne bénéficie pas d’un prix garanti, comme le blé ou le maïs ” indique Li ZhaoYu, de France Export Céréales. L’autosuffisance est donc bien loin d’être acquise pour ce pays, contrairement aux autres MP (cf graph). Ce qui rend cette production bien plus sensible aux aléas du marché. Les objectifs restent néanmoins “d’atteindre les 30 % d’autosuffisance en 2020. Ce serait l’idéal ” précise Li ZhaoYu.
Hausse de la proportion de grains crus Les besoins en malt n’ont cependant pas suivi le mouvement d’augmentation de la production de bière ces dernières années, selon Joe Fung. On peut même constater une légère baisse de la demande. En cause notamment, le renouvellement du matériel chinois, ainsi que l’amélioration de la technique des brasseurs qui a entraîné une baisse de la consommation en céréales. D’autre part, “les types de bières évoluent et tendent à la légèreté et la fraicheur, ce qui implique une augmentation de la proportion des grains crus, notamment riz ou brisures de riz”. Un constat préoccupant pour certains opérateurs français, qui craignent une moindre demande chinoise en malt dans les années à venir. Les brasseurs chinois utilisent en temps normal de 40 à 60 % de grains crus, comme autre source de sucre que le malt, certains allant même jusqu’à 75 %. En Chine, 1 t de malt permet l’obtention de 14,5 t de bière, contre 8-9 t en France. Selon Joe Fung, pour produire une bière à 12 degrés, certains brasseurs seraient descendus à 100 kg de céréales pour 1 t de bière, contre 158 kg auparavant! D’autres tendances dans l’utilisation des MP en Chine pourraient affecter les importations d’orges brassicoles, notamment un recours plus important aux origines locales, moins chères, pour gagner en compétitivité, tout comme l’incorporation de malt de blé chinois, qui a représenté 500.000 t en 2009. Les inquiétudes sur ce débouché, désormais incontournable pour l’orge française, seraient à nuancer cependant. Les acteurs de la filière chinoise sont conscients de la qualité de l’orge française. “Grace à son rendement élevé en extrait de malt, l’orge brassicole d’origine française s’affirme de plus en plus sur le marché chinois” indique Joe Fung. L’important selon Rémi Haquin, président de la commission Orges-AGPB, est “de continuer à travailler pour répondre aux attentes des clients. Même si la crise est là, si la consommation de l’orge est moins importante, le marché de la bière reste potentiellement en progression”. Réduire la haute sensibilité à l’eau de l’orge française, qui implique une durée de trempe et de germination plus importantes dans le process chinois, est un point clé. Pour le contourner, l’accent pourra être porté sur la sélection de variétés adaptées.