Identification Abonnement

La référence des filières du commerce des grains


Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Mardi 07 février 2017 | exportation

Quelle stratégie pour la France face à l'essor du blé en mer Noire ?


Selon les spécialistes présents à la table ronde organisée par Sénalia lors de son assemblée générale en janvier, les opérateurs nationaux auraient tout à gagner à diversifier leurs sources pour valoriser au mieux le blé hexagonal. Car vu le potentiel de développement de la Russie, de l'Ukraine et du Kazakhstan, mieux vaut s'en faire des alliés que des ennemis.


« Nous ne pouvons pas laisser la zone mer Noire développer sa production de blé – et ce n'est pas fini car les moyens de la Russie, de l'Ukraine et du Kazakhstan sont considérables – sans regarder éventuellement des alliances en termes d'exportation, car il ne faut pas oublier que nous avons les mêmes clients à servir », a déclaré Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales (l'association professionnelle qui finance France Export Céréales), en conclusion de la table ronde dédiée à “La planète Blé” organisée par Sénalia lors de son assemblée générale le 6 janvier dernier à Paris.

« Certaines entreprises françaises de la filière céréalière le font déjà, et c'est très bien. Il ne faut pas avoir peur d'avoir des partenariats, ne serait-ce que sur des questions de complémentarité de qualité pour fournir ses clients », a insisté Jean-François Loiseau.

Grâce à de confortables marges nettes, les opérateurs peuvent encaisser des baisses de cours mondiaux.

Et Jean-Jacques Hervé, consultant chez Agri Audit JJ, d'ajouter : « Face au potentiel d'exportation de plus de 100 millions de tonnes de la zone [cf. encadré] et à la résilience des opérateurs à encaisser une baisse des prix, je pense qu'il faut réfléchir à des accords donnant-donnant pour faire du multisource et du multirégional. Cette campagne actuelle serait une très bonne occasion – pour ne pas perdre nos clients traditionnels – de pouvoir ajouter dans nos cargaisons des produits moins chers. »

Un potentiel de croissance encore conséquent

« En Ukraine, par exemple, le quart des terres reste en friche faute de moyens de production », souligne Sénalia. Avec des taux d'intérêt compris entre 20 et 25 %, « les entreprises agricoles sont limitées en matière de volume d'intrant », explique Jean-Jacques Hervé. De même, « les blés ukrainiens, de bonne qualité intrinsèque, sont souvent déclassés car contaminés par des insectes », selon Sénalia, faute de conditions de stockage adéquates. Mais la situation évolue dans le bon sens, d'après Jean-Jacques Hervé, « avec un changement de la réglementation concernant le traitement des grains, qui va vers une amélioration de la qualité, et la poursuite de l'initiative de grandes entreprises qui se dotent, en Ukraine comme dans l'ouest de la Russie, d'installations modernes, avec de nouvelles technologies ». Ces dernières « gagnent ainsi en coût de production : plusieurs d'entre elles annoncent des marges nettes (Ebitda) entre 350 et 550 $/ha, poursuit-il. Ce qui implique qu'elles possèdent une capacité de résistance à une fluctuation baissière des cours largement supérieure à celle de leurs compétiteurs occidentaux. »

Quant aux infrastructures et à la logistique portuaire ukrainiennes, « les capacités budgétaires de l'État étant limitées, elles sont majoritairement gérées par des groupes multinationaux, indique Sénalia. Les capacités de stockage de grains sont ainsi supé-rieures à 65 Mt et, tout comme celles de chargement, en avance sur le potentiel Export ukrainien. » Et ce d'autant que « les grands opérateurs privés continuent d'investir massivement, déclare Jean-Jacques Hervé. Quelque 3 Md$ ont été investis en Ukraine depuis 2013. »

« Reste la question capitale de la corruption, poursuit-il. Après l'avoir contournée, la Russie et l'Ukraine commencent à comprendre qu'il est nécessaire d'agir car elle pèse négativement sur la mobilisation des aides interna-tionales. »

La mer Noire à la conquête du monde

« La mer Noire est le point où aboutissent, par le rail ou la voie d'eau, les productions de 220 Mha de terre en Russie, de 40 Mha en Ukraine et quelques millions d'hectares au Kazakstan [alors que l'UE totalise un peu moins de 100 Mha arables, selon Agreste] », explique Jean-Jacques Hervé, consultant chez Agri Audit JJ, avec une production de blé qui va s'accroissant (cf. graphique). « Quant aux capacités d'exportations, de quelques millions de tonnes il y a une dizaine d'années, elles se rapprochent de la centaine de millions de tonnes aujourd'hui, avec une vision mondiale. La mer Noire, un diverticule de la Méditerranée, donne de fait accès aux marchés traditionnels de l'Europe et aux pays tiers. » Et au vu des potentialités de ces trois pays, les productions et disponibles exportables ne peuvent que s'accroître dans les prochaines années, à condition que les infrastructures suivent le rythme. K. F.

Karine Floquet



Feuilletage

Cotations & Tendances
Blé
Rendu Rouen : 154,50 €/t
Euronext : 163,00 €/t
Chicago 449,75 cts $/bois.
Dollar 0,8328 €
Connectez-vous pour lire la tendance
Maïs
Rendu Bordeaux : 147,50 €/t
Euronext : 155,25 €/t
Chicago 350,00 cts $/bois.
Connectez-vous pour lire la tendance
Orge
Rendu Rouen : 148,00 €/t
Connectez-vous pour lire la tendance
Tournesol
Rendu St Nazaire : 330,00
Connectez-vous pour lire la tendance
Colza
Rendu Rouen : 35,00 €/t
Euronext : 367,25 €/t
Pétrole (Nymex) : 50,69 $
Connectez-vous pour lire la tendance
Soja
Graine/Chicago : 970,00 cents $/bois.
Tourteau/Chicago : 306,30 $/t
Tourteau Montoir : 305,00 euro/t
Connectez-vous pour lire la tendance